Un seul mot vous manque et votre compte bancaire est dévasté.

Un précédent article sur le bizness plan nous a valu un wagon de lettres d’insultes, un redressement fiscal, un duel au bois de Boulogne et trois demandes en mariage. La finance est un sport de contact. Cette semaine, reprenons deux notions que seule une vague homonymie rapproche, alors qu’elles ont autant en commun qu’un demi-pression et une semelle de crêpe, le FRNG et le BFR pour les intimes.

Le fonds de roulement, pour voyager en père peinard.

De prime abord, le terme fonds de roulement évoque un rafiot secoué par les vagues, un coup à devenir tout vert et à se pencher au bastingage. Rien n’est plus faux, car le FRNG ou fonds de roulement net global est à l’entrepreneur ce que la Nautamine est au voyageur : l’assurance de nuits tranquilles.

Le fonds de roulement se définit comme l’excès de capitaux permanents sur les immobilisations au bilan. En français, cela signifie que vous allez mobiliser des ressources que l’on espère stables pour financer vos investissements en immobilisations, la différence constituant le fonds de roulement. Confus ? On continue. Supposons que vous souhaitiez acquérir un parc de tractopelles dernier cri pour 700K€. Cet investissement ira au bilan dans les immobilisations corporelles. Pour le financer, vous devrez mobiliser des ressources de long terme ou capitaux permanents comprenant au choix des capitaux propres (capital social et report à nouveau) et ou des emprunts à long et moyen terme.

Admettons que votre bilan ait la structure suivante :

Le fonds de roulement sera de 500 + 600 + 300 – 700 = 700. Cet excès de ressources pourra financer tout ou partie du cycle d’exploitation, le solde, s’il existe, allant dans les liquidités. Nous verrons plus bas, quelle partie de l’exploitation va bénéficier de ce soutien pas franchement abusif.

Le fonds de roulement est donc une notion importante, car il permet de vérifier que les investissements à long-terme sont financés par des ressources à long-terme. Dit autrement, on n’achète pas un immeuble rue de la Paix avec du découvert à 3 mois, sauf au Monopoly. S’il est positif, le FRNG est un matelas de sécurité pour financer l’exploitation, c’est le Dunlopillo de l’entrepreneur. Dans le cas où il est négatif, l’entreprise ne pourra financer ses investissements qu’en complétant avec des crédits à court-terme, ce qui préfigure le Tribunal de commerce et son cortège de misères.

On résume. Le fonds de roulement est un indicateur de la santé de l’entreprise et s’il est positif, son affectation est une décision de gestion. Comme pour la literie, plus il est épais, mieux on dort.

Le besoin en fonds de roulement ou le trou noir des liquidités

Avec le BFR, on entre dans le registre de l’astrophysique et la fréquentation des trous noirs, ces corps célestes qui avalent tout et ne recrachent rien. Dans besoin en fonds de roulement, il y a besoin et nous connaissons maintenant la fin de la phrase. Si l’on continue le décryptage, BFR égale besoin en
matelas. C’est le début des ennuis, car pas du tout.

Le BFR est le montant qu’une entreprise doit financer pour couvrir le besoin résultant des décalages des flux de trésorerie correspondant aux encaissements et décaissements liés à son activité. Dans la formule comptable, le BFR d’exploitation s’obtient en additionnant le montant des créances clients avec celui des stocks et en soustrayant le montant des dettes fournisseurs. Si vous voyez, courez chez un opticien. Causons boutique et tout va s’éclairer.

Quand vous facturez un client, ce dernier vous paye avec un décalage. Notez bien, vous faites de même avec vos fournisseurs, c’est de bonne guerre. Pour parachever le tableau, un produit qui entre en stock peut rester sur les étagères un moment avant d’être vendu.

Les chiffres maintenant. Supposons que vos clients vous paient à 60j, que vous payiez vous fournisseurs à 30j et que vous affiniez vos crottins de Chavignol 10j avant de les vendre. À tout instant, vous aurez 60 + 10 – 30 = 40 j de trésorerie dehors ou sur les étagères, mais pas sur le compte bancaire.

Si votre chiffre d’affaires annuel est de 1 800 K€, vos stocks de 200 K€ et vos achats de 1 200 K€, à la fin de l’année, vous aurez accumulé un poste clients de 1 800 x 60/360 = 300 K€, un poste fournisseurs de 1 200 x 30/360 = 100 K€, soit au total, un BFR de 300 + 200 – 100 = 400 K€. On rappelle que ce bon argent est ailleurs que dans la caisse. Le BFR est bien la supernova du cash, ça rentre, ça tourne, mais ça ne ressort jamais.

Ajoutons pour rendre chèvre nos producteurs de crottins que nous avons omis la TVA dans le calcul du BFR, car on facture HT mais on encaisse et paye TTC.

FRNG – BFR, les deux Dupont du bilan

Le moment est venu de relier les deux notions. Dans le bilan ci-dessus, nous avons vu que le fonds de roulement était de 700. Si le besoin en fonds de roulement est de 400, vous pourrez affecter les 700 pour couvrir la totalité des 400, les 300 restant allant aux liquidités, ce qui est justement le cas au
bilan.

On arrive donc à une équation de base : FRNG – BFR = trésorerie d’exploitation

Et après ? Rien du tout. C’est le genre même de formule qui a le don de rendre votre serviteur irascible, car on ne gère pas une entreprise avec des identités fussent-elles remarquables.

On l’a vu plus haut, le FRNG résulte de décisions financières : investir du capital social, garder le résultat en réserves, emprunter, puis financer les investissements en immobilisations par ces capitaux permanents et répartir le solde entre la couverture du BFR et la trésorerie.

Or le BFR, lui, ne résulte pas d’un choix. Il est dicté par le cycle d’exploitation, c’est-à-dire les délais que vous consentez à vos clients, celui que vous fournisseurs vous accordent et la rotation de vos stocks. Il faut donc être vigilant au poste client, relancer quotidiennement, raccourcir ses cycles de production ou stocker moins sans risquer la rupture, bref, gérer l’affaire.

Ajoutons que plus l’entreprise se développe vite, plus le BFR va augmenter. Essayez un peu de calculer le BFR sur une base de 3 000 K€ de CA, 2 000 K€ d’achats et 300 K€ de stocks. Oui, ça fait 533 K€ de trésorerie flottant dans le cosmos au lieu de 400 K€. Même si votre report à nouveau augmente de 100, sur un fonds de roulement de 500 + 700 + 300 – 700 = 800, il ne restera plus que 800 – 533 = 267 à mettre au coffre. Pas encore la panique, mais le banquier vous demandera pourquoi la trésorerie a descendu de 300 à 267. Conclusion : la croissance, pour vertueuse qu’elle soit et bonne pour l’égo pompe de la trésorerie. Comme les trous noirs.

La vraie question dans cette histoire est de savoir ce que vous allez faire d’un parc de tractopelles, à part exhumer un trésor mérovingien dans le jardin ou faire disparaître votre belle-mère.

Les paris sont ouverts.