À Ernolsheim-lès-Saverne, l’entreprise Pierre Lannier conçoit, fabrique et commercialise des montres.
La majorité des effectifs (110 collaborateurs) est originaire du village même ou des communes alentour. Les produits Pierre Lannier se vendent dans le monde entier.
Quelle est l’histoire de l’entreprise ? Sa vision et les secrets de sa réussite ?
Comment mêle-t-elle production locale et vente internationale ?
Retour sur l’épopée d’une marque de renommée mondiale, qui n’a jamais quitté l’Alsace depuis sa création en 1977.

Les années 70 

Des montres sur la foire de Hanovre

Pierre Burgun est le fils de Béatrice et Jean-Paul Burgun,

le couple fondateur de l’entreprise.

 

 

Il dirige Pierre Lannier depuis plus de 20 ans, après avoir travaillé aux côtés de son père, ancien PDG de l’entreprise.

Il raconte les débuts :

« Pierre Lannier, c’est une histoire qui démarre à la fin des années 70. J’ai 11 ans et ma mère – qui s’était consacrée à mon éducation et celle de ma sœur – souhaite retravailler.

Elle annonce de but en blanc à mon père : “trouve-nous un projet commun, ou je cherche du travail !”

Un commerce local ? Un produit à vendre ? Mon père n’a pas la moindre idée de projet entrepreneurial, mais il est séduit par l’idée de travailler en couple. Il décide d’emmener ma mère en voyage à travers l’Europe. L’objectif : “sentir le vent des tendances commerciales”.

Des pays de l’Est en passant par l’Angleterre, mes parents se déplacent sur toutes les grandes foires. Je crois qu’ils envisageaient la revente d’objets de Noël…

Mais sur la foire de Hanovre, ils font la connaissance d’un professionnel qui leur présente des montres digitales importées d’Asie.

À l’époque, le digital est une innovation. Mes parents sont séduits.

Béatrice et Jean-Paul Burgun en 2015 – crédit photo DNA

Les années 80

De la salle à manger familiale à une PME de renom

L’histoire Pierre Lannier démarre ainsi, dans la salle à manger familiale.

Un premier stock de montres importées de Chine, la tournée des bijoutiers et des détaillants ; des demandes qui affluent. Puis l’étape suivante : étoffer les collections, approfondir la connaissance du marché.

Rapidement, mes parents passent à la vitesse supérieure : fabriquer leur propre collection de montres… Et leur donner un nom : Pierre Lannier.

Jean-Paul Burgun à la fin des années 70

Pour réussir cette transition de la revente à la fabrication en propre, ils font appel à des sous-traitants basés dans le Doubs.

Mais ils veulent maîtriser l’entièreté de la chaîne. Alors ils se forment à l’horlogerie, s’entourent de techniciens. Ils créent leur propre unité de production : locale, basée dans notre village familial, à Ernolsheim-lès-Saverne.

Les premières embauches commencent dans le village. Nous sommes au milieu des années 80.

L’entreprise Pierre Lannier à Ernolsheim-lès-Saverne

Les années 90 et 2000

Une stratégie mêlant production locale et vente internationale

Pierre Lannier : une entreprise locale ? Cela n’a pas toujours été le cas !

Face à des concurrents dont la production s’effectue en Chine, nous n’avons d’autre choix que de délocaliser une partie de notre chaîne à Madagascar, et ce dès le début des années 2000.

Délocaliser était la seule solution pour tenir nos prix de l’époque”, précise Pierre Burgun.

Et puis, début 2010, fort d’une image made in France et d’une qualité reconnue, nos collections montent en gamme, nous permettant de rapatrier une majorité de notre production au bercail : en Alsace.

Aujourd’hui, sur 110 collaborateurs, seuls 30 sont basés à Madagascar. Les autres employés travaillent au sein même de l’entreprise familiale, à Ernolsheim-lès-Saverne.

Nous retrouvons dans nos locaux toutes les unités nécessaires à la création des montres : service conception & innovation, chaîne de fabrication artisanale, packaging, expédition, marketing … Un modèle économique dont nous sommes fiers, d’autant que l’entreprise n’a pas licencié à l’époque du transfert de sa production ; préférant miser sur l’évolution en interne, avec des collaborateurs passant des unités de production aux services administratifs, création ou marketing.

2010 – 2020 et à venir

Export et digitalisation

Pierre Lannier se digitalise en 2017 avec la création d’un e-commerce.

Après 45 ans de présence en France et grâce à une collaboration resserrée avec nos détaillants, nous devenons, en 2021, la première marque à moins de 500 € sur le marché français.

Aujourd’hui, nous sommes le leader sur le segment des montres automatiques à moins de 500 €.

“Dans notre gamme, une montre automatique sur trois vendue en France est une Pierre Lannier.”

On peut dire que notre territoire est conquis. Désormais, nous visons l’international !

L’export est la stratégie en cours et à venir.

Il faut savoir que nous sommes présents dans 60 pays. Malgré cette belle performance, tout reste à faire : approfondir notre connaissance des marchés, créer un relationnel avec des revendeurs de confiance, avancer pays par pays.

Nous nous développons en Allemagne et en Belgique. La Chine intègre nos ambitions à court terme. Nous vendons déjà sur ce territoire, mais nous pourrions faire tellement plus. Quant aux États-Unis, le marché est différent. Nettement plus complexe… Que dire de son étendue ! Le e-commerce est notre principale arme pour réussir outre-Atlantique.

Gravure laser automatique au dos des montres

Une nouvelle montre de prestige : origine France garantie

Cette année est marquée par la sortie de “1977” :

une montre automatique de prestige,

100 % manufacturée en France.

Nous avons fait appel à des acteurs locaux de renom pour fabriquer main dans la main ce modèle haut de gamme, nommé “1977” en hommage à l’année de création de l’entreprise.

Après 2 ans de travail, cette montre exceptionnelle est disponible en édition limitée à 500 exemplaires numérotés. Vous les trouvez sur notre site Internet et auprès de bijoutiers horlogers sélectionnés.

À travers ce projet, nous nous positionnons comme un acteur majeur du renouveau de l’industrie horlogère française. Nous sommes d’ailleurs l’un des seuls horlogers français à utiliser autant d’éléments locaux – dont le mouvement, ici fourni par Pequignet Horlogerie.

Tous les composants de cette montre, à une exception près, proviennent de notre territoire.

Nous sommes convaincus que nous pouvons ouvrir à nouveau la voie du made in France aux marques françaises d’horlogerie – jeunes et moins jeunes – et participer activement à l’effort collectif de revitalisation de la filière France.

Et l’avenir de Pierre Burgun ?

Pierre Burgun chez Pierre Lannier : une évidence, même si je n’ai pas toujours travaillé pour l’entreprise familiale.  

J’ai rejoint l’équipe en 1992. J’ai travaillé aux côtés de mon père en me posant de nombreuses questions, mais en ayant toujours face à moi une figure de référence en cas de besoin.  

Seul aux commandes, j’ai mis un certain temps à prendre mes marques, à accepter la solitude du dirigeant. Avec ce passif, j’ai décidé de m’entourer. J’ai intégré l’accélérateur Bpifrance pour m’aider à faire évoluer la gouvernance de Pierre Lannier. Celle-ci se compose désormais d’un comité de pilotage de 9 personnes, toutes internes à l’entreprise.

Aujourd’hui, ma principale préoccupation – celle qui m’anime au quotidien – est d’être en mouvement permanent, en évolution, plus particulièrement concernant mon mode de direction.

Mon objectif personnel pour l’avenir ? Donner plus d’autonomie aux collaborateurs Pierre Lannier. Adapter ma direction aux enjeux actuels de la société.»



Pierre Lannier : d’où provient donc ce nom ?
D’aucuns diront que Pierre Lannier était la première personne libérée lors de la prise de la Bastille.
En réalité, Pierre Lannier est un nom de fiction imaginé par Jean-Paul Burgun. À l’époque, il n’y avait aucune marque de créateur dans le secteur de la montre. Les produits portaient le nom des sociétés qui les commercialisaient.
Jean-Paul Burgun cherchait un nom différent, qui rappelle une maison de création, comme dans la mode ou les bijoux.
Pierre Lannier a sonné juste et made in France.  
Anecdote : l’équipe s’est rendu compte bien après que le nom sonnait de la même manière dans tous les pays et toutes les langues… Ouf !

  • Propos recueillis par Christelle Ibach (HVA Média) et Alain Renck (ancien Président de Réseau Entreprendre Alsace)
  • Article rédigé par Christelle Ibach
  • Crédit photo : Dernières Nouvelles d’Alsace – Pierre Lannier – HVA Média