L’Economie Sociale et Solidaire, l’entrepreneuriat porteur de sens.

Rencontre avec Frédéric Bardeau, fondateur de Simplon

 

Frédéric Bardeau, entrepreneur social de l’année 2017, est un engagé, un convaincu que l’entreprise peut impacter positivement la société. Il le démontre tous les jours avec Simplon, l’école du numérique qui forme des demandeurs d’emploi. Rencontre avec cet entrepreneur qui a ouvert la voie à un entrepreneuriat porteur de sens.

 

Réseau Entreprendre : Vous faites partie de ces entrepreneurs dont le projet est porteur d’impact social. Avez-vous l’impression qu’aujourd’hui l’économie est plus ouverte à ces modèles ?

Frédéric Bardeau : Quand j’ai pris contact avec Réseau Entreprendre en 2013, les chefs d’entreprise regardaient mon modèle avec curiosité et étonnement ; « comment peut-on proposer un service gratuit et inclusif ? » se disaient-ils. L’un des bénévoles de Réseau Entreprendre a eu un coup de cœur pour Simplon et je suis devenu lauréat. Je crois que j’ai eu beaucoup de chance. L’année où j’ai lancé Simplon, Xavier Niel lançait l’école 42, sur un modèle proche du nôtre. Un signe que mon idée n’était pas si farfelue ! Aujourd’hui, être un entrepreneur social est quasiment mainstream ; il y a des chaires d’entrepreneuriat social, des formations à l’entrepreneuriat social dans les grandes écoles de commerce…

 

RE : A quoi, ou à qui, attribuez-vous cette évolution ?

FB : Les nombreux débats sur le statut des entreprises sociales y ont contribuée ; celui sur la définition de l’économie sociale et solidaire et plus récemment celui sur les entreprises à mission. Mais finalement, il y a toujours eu des chefs d’entreprise engagés socialement. C’était paternaliste peut-être, c’était sous la forme d’une RSE sûrement mais c’était déjà une forme d’engagement ! Ce qui a changé c’est que les entrepreneurs mettent leur engagement au centre de leur modèle, avant la recherche de gain financier. C’est une manière différente de faire de l’économie mais c’est de l’économie.

 

RE : N’avez-vous pas également le sentiment que c’est une évolution de la société et notamment de sa jeune génération qui demande à l’entreprise plus de sens ?

FB : Les dernières enquêtes montrent en effet que les jeunes souhaitent mettre plus de sens dans leur travail. Pour autant, lorsqu’on leur pose la question du salaire, ils ne sont prêts à accepter une baisse que de 5% pour travailler dans l’économie sociale et solidaire. Il y a donc encore des paradoxes !

 

RE : Pensez-vous que ce mouvement de l’impact positif des entreprises va continuer d’irriguer le monde économique pour devenir un modèle dominant ?

FB : Il suffit de regarder les chiffres de l’économie sociale et solidaire (le secteur représente 12,8% de l’emploi privé !) pour comprendre qu’il ne s’agit plus uniquement d’un petit nombre d’ultra convaincus. Pour aller plus loin, il faudra des rôles modèles et une démonstration de la viabilité économique de ces modèles à impact positif.

Par ailleurs, les évolutions que l’on observe aujourd’hui ne viennent pas toutes de l’ESS : le mouvement des entreprises libérées est né dans l’économie traditionnelle ; la gouvernance horizontale aussi. Le statut ne fait pas donc la vertu ! Il ne s’agit pas de demander à toutes les entreprises d’être d’économie sociale et solidaire mais plutôt qu’elles s’interrogent sur leur mission et la manière dont elles mettent en œuvre les moyens humains et financiers pour y arriver.

 

RE : Vous évoquez le mouvement des entreprises libérées. L’entrepreneuriat à impact positif rebat-il les cartes du pouvoir dans l’entreprise ?

FB : Aucune entreprise n’a intérêt d’avoir un dirigeant affaibli et personne ne souhaite une entreprise désincarnée. La figure d’un dirigeant qui prend des décisions n’empêche pour autant pas d’avoir une gouvernance participative et qui s’appuie sur le principe de subsidiarité, donnant à celui qui est au plus près et le mieux placé la capacité de décision. Il s’agit surtout d’une question d’équilibre mais selon moi une gouvernance participative permet au contraire de renforcer le dirigeant dans ses prises de décision. Il doit pour cela apprendre à s’entourer.

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