Alexis Loudière, fondateur d’Özakt et Entrepreneur-lauréat de Réseau Entreprendre® Nord, a fait de sa santé une priorité pour son entreprise.

Convaincu qu’un dirigeant qui prend soin de lui décide mieux, écoute mieux et entreprend mieux, il a construit au fil des années des équilibres de vie concrets et durables.

Dans cette interview, il revient sur son parcours, les prises de conscience qui l’ont jalonné et la façon dont cet équilibre nourrit aujourd’hui une vision plus lucide de son entrepreneuriat. 

Pendant longtemps, je n’ai pas abordé le sujet. Comme beaucoup de dirigeants, j’étais animé par une forme d’intensité permanente. Mais avec le recul, je vois aussi que j’étais porté par de mauvais drivers : performance, vitesse, reconnaissance. Des moteurs qui m’ont amené loin… Mais pas forcément au bon endroit.

Et puis il y a eu des chocs. Une première expérience entrepreneuriale très exigeante en 2020 : passer de 0 à 200 personnes en 4 ans, sans respiration. Avec le recul, je peux dire que je suis allé jusqu’à une forme d’épuisement professionnel.

Puis en 2022, un de mes très bons amis est tombé malade. Plusieurs mois entre chimio, convalescence… et cette réalité brutale : la vie ne tient qu’à un fil.
Mais il y a aussi une vulnérabilité plus ancienne et plus intime. Je suis né avec un handicap, un pied bot. Pendant longtemps, je n’en parlais pas. Je le mettais de côté, comme si ça ne faisait pas partie de moi.

Ces différentes expériences m’ont amené à regarder les choses autrement. À accepter que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une réalité humaine universelle et un point d’appui. Petit à petit, j’ai appris à accepter qui j’étais vraiment, avec mes limites, mon histoire, mes fragilités.

Aujourd’hui, je vois ma santé, mentale et physique, comme un outil de pilotage. Et je vais un cran plus loin : je me forme en continu à l’accompagnement des personnes pour faire grandir les dirigeants sur ces sujets. Parce qu’au fond, prendre soin de sa santé, c’est aussi apprendre à mieux accompagner celle des autres.

Je n’ai pas tout changé du jour au lendemain. J’ai plutôt installé des équilibres simples et durables.

Sur la santé mentale, je m’autorise désormais des vides fertiles. Des moments sans agenda, plusieurs fois dans l’année, pour prendre du recul et laisser émerger les bonnes décisions.
Sur la santé physique, le vélo est devenu central. Je l’ai intégré dans mon quotidien, environ 45 km par jour, et je pars aussi régulièrement sur des aventures longue distance.
J’ai aussi fait évoluer mon alimentation : dans une période complexe pour mon entreprise, fin 2025, j’ai engagé un rééquilibrage alimentaire pour être en capacité de tenir physiquement dans la durée.

Et il y a un point plus personnel. Aujourd’hui, je prends soin de mon corps en intégrant pleinement mon handicap. Là où, pendant longtemps je l’ai ignoré, j’ai appris à l’écouter, à adapter ma pratique, à construire une hygiène de vie qui me permet de durer dans le temps.

Mais au-delà des routines, j’ai pris une décision plus structurante, faire en sorte que mon entreprise protège cet équilibre : Özakt est née avec la qualité d’entreprise à mission. Ce n’est pas un élément de communication, c’est un cadre qui pose des garde-fous :

– sur le bien-être des personnes,
– sur notre manière de travailler,
– et plus largement sur notre responsabilité vis-à-vis du vivant.

Pour moi, c’est une qualité centrale aujourd’hui : concevoir des entreprises qui protègent le vivant, plutôt que de l’user.

Dans mon expérience avec Özakt, on a accompagné des centaines de dirigeants. Un point commun revient souvent : ils n’ont pas toujours défini leur propre cadre. On les aide à écrire un manifeste personnel, une boussole pour décider. Parce que sans ça, c’est l’entreprise ou le contexte qui décide à leur place.

Le premier bénéfice, c’est une meilleure qualité de présence. Je suis plus posé, plus clair, plus lucide. Mais surtout, je suis plus aligné avec moi-même. Le fait d’avoir accepté mes vulnérabilités personnelles, physiques et professionnelles m’a permis de sortir d’une posture de contrôle permanent.
Et ça change profondément la relation aux autres : plus d’écoute, de confiance et de coopération.

La vulnérabilité, quand elle est assumée, devient un levier de lien et d’intelligence collective.

Et puis il y a un autre bénéfice majeur : je ne suis plus seul. Rompre avec l’isolement du dirigeant a été clé pour moi. Par exemple, Réseau Entreprendre® est un espace où l’on peut parler vrai. Partager ses doutes, ses limites, ses erreurs. Et ça permet de tenir dans la durée.

Je dirais quatre choses.

1. Nommer ses vulnérabilités : tant qu’on ne les regarde pas, elles nous pilotent. Quand on les accepte, elles deviennent une force.

2. Accepter qui l’on est vraiment : sortir des rôles, des injonctions, des “mauvais drivers”.

3. Ne pas rester seul : le dirigeant isolé est un dirigeant fragilisé. Les réseaux, les pairs, les espaces de parole sont essentiels.

4. Concevoir une entreprise qui vous protège : pas seulement une organisation performante, mais un cadre aligné avec vos valeurs.

Bonus : Osez être extra-ordinaire – au sens de sortir de l’ordinaire, de s’écouter vraiment, et d’aller au bout de qui vous êtes.

Pour aller plus loin et prendre soin de votre santé , consultez notre guide élaboré en partenariat avec Harmonie Mutuelle.