
Labels, impact et engagement : un café thématique pour aider les dirigeants à y voir plus clair
Comment choisir le bon label pour son entreprise ? Par où commencer lorsqu’on veut structurer sa démarche d’impact ? Et surtout, comment faire d’un label un véritable levier de progression plutôt qu’un simple outil de communication ?
C’est autour de ces questions que Réseau Entreprendre Rhône a réuni dirigeants, entrepreneurs et experts lors d’un café thématique consacré aux labels d’impact. Un temps d’échange concret et inspirant, organisé dans les locaux d’ÉTIC, en présence de trois intervenants engagés : Benjamin Poirier (ELMY), François-Xavier Henry (Oé) et Cécile Galoselva (ÉTIC).
Des labels pour mesurer, structurer et progresser
Au fil des échanges, un constat s’est imposé : les labels ne sont pas uniquement des signes de reconnaissance externes. Ils sont avant tout des outils de structuration, de mesure et de progression.
Pour François-Xavier Henry, cofondateur de Oé, le recours aux labels s’est imposé très tôt comme une manière de challenger l’entreprise sur la réalité de ses engagements. L’entreprise, engagée sur plusieurs certifications comme B Corp, l’agriculture biologique, entreprise à mission ou encore ESUS sur son domaine viticole, a vu dans ces référentiels un moyen de chiffrer ses pratiques, d’identifier ses marges de progrès et d’affirmer publiquement ses convictions.
Il a notamment souligné l’intérêt de B Corp, un label exigeant qui pousse les entreprises à se remettre en question de manière continue. Au-delà de la reconnaissance, ce sont surtout les effets internes de la démarche qui ressortent : de nouvelles pratiques mises en place, des décisions réinterrogées, une progression concrète mesurable d’une certification à l’autre.
Même logique chez ELMY, fournisseur d’électricité verte représenté par Benjamin Poirier. Après plusieurs années à mener des actions de manière intuitive, l’entreprise a souhaité formaliser sa démarche à partir de 2020, notamment avec le label Positive Company. Un choix motivé par le besoin de confronter ses convictions à un regard extérieur, de mieux valoriser ses engagements auprès de ses parties prenantes, mais aussi d’identifier ses angles morts.
Benjamin Poirier a rappelé que la force de ce type de démarche réside aussi dans la confrontation entre déclaratif et perception réelle des parties prenantes : salariés, clients, fournisseurs. Un exercice précieux pour mieux comprendre l’impact réel de ses actions et orienter ses priorités.
De son côté, Cécile Galoselva, fondatrice d’ÉTIC, a apporté un éclairage complémentaire, ancré dans l’expérience d’une entreprise pionnière de l’immobilier engagé. Depuis plus de quinze ans, ÉTIC développe des espaces de travail dédiés aux organisations à impact, avec une attention portée à l’ensemble des dimensions de la performance : environnementale, sociale et sociétale.
Si l’entreprise adopte une posture très expérimentale sur le volet bâtimentaire, en allant parfois plus loin que les labels existants, elle s’appuie aussi sur des cadres structurants pour formaliser et garantir ses engagements. C’est notamment le cas du label ESUS, qu’elle considère comme particulièrement important.
Pourquoi ? Parce qu’il inscrit dans les statuts des engagements forts et durables : gouvernance partagée, encadrement des écarts de salaires, utilité sociale de l’activité, accès à des financements solidaires. Pour Cécile Galoselva, cette formalisation constitue aussi une protection dans le temps, en assurant que le projet d’entreprise reste fidèle à sa mission, y compris au-delà de ses fondateurs.
Des bénéfices concrets… et des exigences bien réelles
Les intervenants ont également partagé un regard lucide sur les effets des labels au quotidien.
Oui, les labels peuvent ouvrir des portes : accès à certains financements, crédibilité renforcée, cadre de dialogue avec les actionnaires, reconnaissance auprès de certaines parties prenantes. Mais ils impliquent aussi du temps, de la méthode, de la documentation, et parfois une remise à plat de pratiques jusque-là peu formalisées.
C’est l’un des enseignements forts de ce café thématique : la labellisation demande de mettre par écrit ce que l’entreprise fait déjà parfois naturellement. Chartes internes, engagements fournisseurs, gouvernance, suivi d’impact, politiques RH… autant d’éléments qu’il faut clarifier, formaliser et partager.
Cette exigence peut sembler lourde, mais elle est aussi vertueuse. Elle oblige à poser les bons mots, à rendre visibles les engagements, à les transmettre et à les ancrer dans la durée.
Plus que le label, ce sont les actions qui créent l’adhésion
Autre point fort ressorti des témoignages : ce ne sont pas les labels en eux-mêmes qui suscitent l’adhésion des équipes, mais les actions concrètes qui les rendent possibles.
Benjamin Poirier a ainsi partagé plusieurs exemples marquants mis en place chez ELMY, comme la semaine de 4 jours ou encore l’accueil de personnes en situation de précarité dans les bureaux via l’association Les Bureaux du Cœur. Des initiatives fortes, qui nourrissent la fierté interne et donnent du sens à la démarche.
Tous l’ont rappelé : pour qu’une labellisation soit utile et durable, elle doit correspondre à l’identité réelle de l’entreprise. Elle ne peut pas être un simple vernis. Elle doit refléter une vision, une culture, une volonté sincère d’avancer.
Comment choisir le bon label ?
Face à la multitude de labels existants, les intervenants ont partagé plusieurs conseils simples à destination des dirigeants qui souhaitent se lancer.
D’abord, commencer par se demander ce que l’on veut réellement faire progresser dans son entreprise : son cœur de métier, sa gouvernance, son impact environnemental, sa politique sociale, ses pratiques d’achat, sa relation au territoire… Le bon label dépend avant tout de la trajectoire que l’on veut construire.
Ensuite, échanger avec des pairs. Rien ne remplace le retour d’expérience de dirigeants déjà engagés dans ces démarches pour comprendre ce que cela implique réellement au quotidien.
Enfin, ne pas attendre d’être parfait pour commencer. Comme l’ont souligné les intervenants, la labellisation peut justement être un point de départ pour mieux se situer, progresser, structurer sa démarche et embarquer ses équipes.
Un sujet stratégique pour les entreprises de demain
À travers ce café thématique, Réseau Entreprendre Rhône a souhaité ouvrir un espace de réflexion concret sur un sujet de plus en plus central pour les dirigeants : celui de la preuve, de la cohérence et de la structuration de l’engagement.
Dans un contexte où les attentes des salariés, des clients, des partenaires financiers et des territoires évoluent, les labels peuvent devenir de véritables outils de pilotage et d’alignement — à condition d’être choisis avec sincérité et portés collectivement.
Merci à Benjamin Poirier, François-Xavier Henry et Cécile Galoselva pour la richesse de leurs témoignages, ainsi qu’à nos partenaires, le Crédit Mutuel et ÉTIC, pour leur engagement à nos côtés sur ce sujet clé.